Notre Japon

La vraie vie de la famille Poggianti au pays du sushi

vendredi 1 mai 2009

Naoshima, l’île ivre d’art – Expats au Japon depuis 579 jours

Naoshima, l’île ivre d’art

Chichu MuseumL’expression « un musée à ciel ouvert » semble avoir été créée pour elle.
Elle, c’est Naoshima, un confetti de quelques kilomètres de tour, perdu dans la « mer intérieure » entre Shikoku, auquel elle est rattachée administrativement, et Honshu dont elle n’est séparée que par vingt minutes de ferry. A huit cents kilomètres de Tokyo, rien ne la destinait à devenir un centre d’art contemporain majeur. Il faudrait revenir sur cette incroyable capacité des mécènes japonais, publics ou privés, à avoir su créer des lieux artistiques de premier plan à l’extérieur des villes principales : on se souvient du musée en plein air de Hakone, et on visitera dans quelques jours l’Ohama Art Museum à Kurashiki. A Naoshima, c’est par la grâce de la société de publication Fukutake, maintenant nommée Benesse (bien-être) Corporation, que sont sortis de nulle part deux musées et un projet d’art contemporain alliant préservation du patrimoine et créations pointues dans un cadre naturel et sociologique préservé.

On commence par le plus audacieux : le Chichu Art Museum, une architecture en béton de Tadao Ando totalement intégrée dans une colline (on pense au fabuleux hôtel de Michel Bras à Laguiole). Dans son dédale de couloirs sombres et de puits de lumière géométriques, il abrite en tout et pour tout huit œuvres centrées justement sur la lumière. On frôle parfois le pignolage avec des employés vêtus d’un blanc clinique qui font attendre puis se déchausser les pauvres visiteurs avant qu’ils puissent admirer quatre des célèbres « Nymphéas » de Claude Monet ; ou encore une des trois installations de James Turrell qui est simplement une ouverture verticale vers… le ciel ! Moi qui d’habitude me laisse facilement emporter par l’art contempoBenesse houserain, je préfère me réserver pour… le musée principal de la « Benesse House ». Là, le design architectural moins radical du même Tadao Ando fait merveille avec ses éclairages naturels et ses vues sur la mer. Là, les chefs d’œuvre sont exposés plus simplement et dégagent pourtant la même force d’émotion : un « dripping » de Pollock, une « Vénus bleue » dYves Klein, une fourmilière géante forée dans une collection de drapeaux du monde de Yukinori Yanagi, des cercles mystiques de pierre, de bois flotté ou de boue de Richard Long… Sur la plage, une énorme citrouille jaune striée de pois noirs de Yayoi Kusama. Superbe.

Et le plus original reste à venir : dans le village de pêcheur voisin, nos mécènes ont poussé l’aventure artistique jusqu’à demander à la population de participer à leur plus belle idée, le « Art House Project ». Soient cinq ou six maisons traditionnelles rénovées, qui abritent désormais des installations contemporaines : le charmant Japonais qui vous poinçonne le ticket n’est autre que l’ancien occupant des lieux ; un peu plus loin, sa voisine a participé à l’une des œuvres de Tatsuo Miyajima en bricolant au tournevis le rythme auquel s’égrènent des chiffres lumineux plongés dans un bassin au centre de l’ancien plancher de la maison Kadoya (notre préférée) ; ailleurs, une statue de la Liberté en albâtre semble vouloir sortir du toit de la maison Haisha (par Shinro Ohtake), telle une Alice trop vite montée en graine.

En fait, c’est bien cela : nous sommes passés de l’autre côté du miroir le temps de cette journée ensoleillée au pays des merveilles contemporaines. Le ferry du retour nous offre le passage inverse, en émergeant en douceur de ce rêve éveillé.

Photo du Chichu Museum : Telstar Logistics sur Flickr

Libellés : Balades au Japon

posté par Philippe Poggianti à 12:03

lundi 27 avril 2009

Miyajima, mon amour – Expats au Japon depuis 575 jours

Restaurant d'OkonomiyakiMiyajima, mon amour

Début de notre semaine de vacances de printemps au Japon : les azalées et les glycines sont encore en fleur, le temps est frais mais se fixe au beau, la « golden week » des Japonais ne commence que dans quelques jours, bref il faut en profiter !

Destination la côte sud de l’île principale de Honshu et la côte nord de sa petite voisine Shikoku.

Départ d’Hiroshima, où nous nous rejoignons, moi depuis Taipei où j’étais pour le boulot, Delphine et les enfants depuis Tokyo où les vacances de Pâques viennent de commencer.

Le musée consacré à la bombe atomique est assez éprouvant pour les plus jeunes, mais c’est un passage obligé et édifiant du même calibre que celui de Nagasaki ou que le manga « Gen d’Hiroshima ». Le dôme du seul édifice resté debout sous la bombe déploie son squelette de ferraille comme un défi aux générations futures : « plus jamais ça » ! Pour le reste, Hiroshima est une grande ville japonaise de plus d’un million d’habitants sans grand intérêt, exceptés les délicieux okonomiyaki à la sauce d’Hiroshima brune et sucrée : ne pas manquer le bâtiment Okonomi-mura qui regroupe plein de petits établissements familiaux servant exclusivement cette crêpe roborative sur plusieurs étages.

Puis nos pas nous mènent au ferry qui relie à la côte l’île de Miyajima. Et là, c’est l’enchantement ! Un petit coin de paradis sans voitures ou presque, juste quelques hôtels et minshuku (auberges) comme celle, charmante, où nous logeons : la « guest house Kikugawa ». Tout le monde vient pour admirer le sanctuaire shintô Itsukushima et son torii flottant. Nous le découvrons d’abord à marée basse, lorsque la base de ses six piliers orange s’enfonce dans le sable et que les Japonais en profitent pour ramasser des coques avec leurs petits râteaux. Nous y revenons après dîner, lorsque les touristes de la journée s’en sont allés, et que la marée est montée. Le spectacle est prenant : une douce lumière éclaire le large torii et le sanctuaire pelotonné au bas de la montagne, tous deux baignés de vaguelettes et bordés de lanternes. Après un calcul savant, nous nous apercevons que le sanctuaire flottera de nouveau sur les eaux demain matin, notamment les bâtiments les plus enchâssés au fond de la baie comme la sobre scène de théâtre nô et le pont au gros dos arrondi où seuls passaient les envoyés de l’empereur. Bref, à toute heure du jour ou de la nuit, on ne s’en lasse pas : arrivés par temps couvert, on saisit les gros nuages à contre-plongée sous le torii ; le lendemain par beau temps, les derniers feux du couchant jouent à cache-cache avec les piliers.





Entre-temps, une escapade en haut du mont Misen parmi les singes et les daims nous laissera quelques courbatures aux mollets suite à une bonne descente de six cents mètres. Mais les bols de udon (nouilles blanches) servis par le papy souriant dans la cahute du sommet valaient la balade. Nous aimons beaucoup aussi le temple bouddhiste Daishô-in, un des seuls que nous ayons vus au Japon avec des moulins à prière, et qui décline sur tous les modes les sept dieux de la bonne fortune : on ne connaît de nom qu’Ebisu, le dieu pêcheur et ses poissons, mais on s’amuse à reconnaître aussi la dame au shamisen, le samurai et le vieillard au crâne allongé.

Libellés : Balades au Japon

posté par Philippe Poggianti à 16:25

lundi 26 janvier 2009

Monte là-dessus (tu verras Shiga Kogen) - Expats au Japon depuis 484 jours

Monte là-dessus (tu verras Shiga Kogen)
(Note de Delph)

Voici quelques instantanés de notre petite virée au ski organisée ce week-end par l'AFJ dans la station de Shiga Kogen, vaste ensemble de petites stations reliées entre elles dans les Alpes Japonaises au-delà de Nagano :

Commençons par cet incroyable "mono-siège", sans repose-pieds, sans barre de protection, sans accoudoir, et juste un mini dossier pour soutenir les reins. Bref, Un tabouret volant. Frissons garantis.

A droite, l'école de ski japonaise, avec les élèves en "uniforme". Qui peut nous confirmer que les dossards sont bien personnalisés au nom de chaque élève ? Si c'est bien le cas, c'est trop fort...

Ci-dessous, le monstre qui en a fait sursauté plus d'un, dans l'escalier du café-restaurant répondant au charmant nom de "Monte moi". Et oui, le franponais frappe aussi en montagne !



Et pour finir, deux souvenirs que nous n'avons pas pu photographier :

un singe se baladant sur la route enneigée, apparemment pas très impressionné par les navettes pleines de skieurs se rendant sur les pistes ; et enfin, le onsen de l'hôtel et son bassin extérieur à température idéale. Après le ski, les Japonais n'ont pas la tartiflette certes, mais ils ont le onsen eux !

Libellés : Balades au Japon, Clin d'oeil

posté par Philippe Poggianti à 13:56

mercredi 10 décembre 2008

Et pour votre bain, vous êtes plutôt saké ou vin rouge ? Expats au Japon depuis 437 jours

Et pour votre bain, vous êtes plutôt saké ou vin rouge ?

(Note de Delph)

Vous pouvez tenter aussi le bain au café, au thé vert ou au piment dans ce "onsen" (bain thermal
japonais) un peu spécial à Hakone. Malheureusement, il n'y a pas de bain au lait d'ânesse, les Japonais ne connaissent peut-être pas Cléopâtre...

Le bain au vin rouge Le bain au thé vert

Doctor fishL'établissement est divisé en deux parties : l'une est un onsen traditionnel (hommes et femmes séparés, en tenue d'Adam et Eve), l'autre est une zone mixte (avec maillots) très familiale, sorte de parc aquatique à la japonaise avec des toboggans, des jeux pour les enfants et les fameux bains aromatisés. Ne manquez pas le bassin des "doctor fish" pour une petite pédicure. Chatouilleux, s'abstenir.



Et rassurez-vous, vous pouvez laisser les enfants barboter dans les bains alcoolisés : si la publicité affirme qu'il s'agit de vrai vin rouge (et le 20 novembre 2008, les clients ont même eu droit à un bain au Beaujolais Nouveau), elle oublie de préciser le coefficient de dillution dans l'eau thermale ! Seul le thé vert avait un peu l'odeur....

Site internet en anglais: http://www.yunessun.com/english/yunessun.html

Illustration "doctor fish" : www.yunessun.com

Libellés : Balades au Japon, Clin d'oeil

posté par Philippe Poggianti à 16:32

dimanche 2 novembre 2008

Couleur et chaleur, ah ! Les beaux week-ends d’automne – Expats au Japon depuis 399 jours

Couleur et chaleur, ah ! Les beaux week-ends d’automne

C’est un fait bien connu des Japonais et des étrangers vivant au Japon : l’automne ici est une courte et belle saison, coincée entre un été étouffant et humide et un hiver froid et sec. On essaie donc d’en profiter du mieux qu’on peut. Au Japon, tout événement « bien connu » implique d’interminables embouteillages, surtout durant les week-ends de trois jours qui parsèment la saison automnale. Pour les éviter, le petit jeu des expats est de jongler avec les horaires des Japonais ; malgré cela, nous sommes restés englués plus d’une fois.
Nous avions du retard sur les grands classiques des environs de Tokyo ; nous nous sommes rattrapés : Shimoda et la péninsule d’Izu, puis Nikko, et enfin Hakone ce week-end.

Dans les rouleaux du Pacifique à Shimoda, il faisait doux. Malgré quelques nuages et quelques gouttes, les quatre jours de repos de nos quatre familles firent fi de la crise financière qui couvait (elle a tout de même rappelé un des hommes une journée à Tokyo). Façon carte postale à sa mamie : nous avons caressé des dauphins dans le parc aquatique, nous avons grignoté des onigiri sur la plage en regardant les surfeurs alignés attendant la vague (de Shimodice), nous avons siroté de l’umeshu à l’apéro, nous avons surplombé une grotte dans laquelle s’engouffrait la mer, nous nous sommes trempés dans les plus beaux onsens de la côte… même qu’il y avait quelques filles drapées dans leur serviette qui faisaient des bisous à leurs copains américains dans le bassin des hommes, c’est pô croyable !

Les surfeurs attendant la vague La plage de Shirahama à Izu


L'alignement de Jizos
Sous les arbres qui débutaient leur mue d’automne aux environs de Nikko, il faisait encore doux. Malgré les files de pots d’échappement qui n’arrivaient pas à s’échapper de la voie unique qui longeait le lac, nous avions laissé derrière nous les coopérations délicates avec les partenaires japonais. Notre pension de famille, l’annexe du Turtle Inn, jouxtait les magnifiques alignements de Jizo, le dieu protecteur des enfants avec son bonnet et son bavoir rouges, le long d’un beau torrent de montagne. La villa impériale n’en finissait pas d’offrir des angles de vue magnifiques sur le parc ou les cours intérieures tapissées de mousse. L’ample lac Shuzenji et le charmant petit lac Yu, sertis au pied de belles collines et reliés par des cascades, offraient de belles randonnées sous les frondaisons. Bon, l’onsen sentait le souffre, quelques rinçages à l’eau claire furent nécessaires.


La villa Tamozawa Le lac Chuzenji

Sur les pentes du volcan Kamiyama qui domine Hakone, il faisait toujours doux. Malgré le prix de notre hôtel-ryokan qui flambe au même rythme que le yen, nos amis français sont enchantés et finissent leur séjour japonais en pleine nature. Les fumerolles sur les pentes du volcan sentent le soufre, une fois de plus. Les écharpes de fumée et les arbres morts composent un premier-plan dantesque au mont Fuji – Fujisan, et non Fujiyama, répétons-le – dont le cône parfait s’élève dans le ciel dégagé à une vingtaine de kilomètres de là : c’est splendide. Les appétits creusés par cette vue majestueuse sont vite rassasiés avec les « œufs noirs » (onsen tamago) cuits dans une petite piscine naturelle… au soufre. Le point d’orgue de cette journée est la visite du musée en plein air de Hakone : un Balzac de Rodin, une femme mince de Giacometti, un Léger, un Bourdelle, des Henry Moore, une galerie Picasso, une nana de Niki de Saint-Phalle… ; le plaisir est à la mesure de cette liste. Et j’oublie malheureusement, faute de les avoir notés, les splendides œuvres d’artistes japonais, tel cet « homme et Pégase » dressé sur un piédestal de dix mètres pour se découper sur les montagnes environnantes. A cet inventaire à la Perec ne peut que répondre l’enchaînement effréné des tubes que nous bramons au karaoké le soir même : Call me, Dancing Queen, With or without you, Que sera sera, Hey Jude, j’en passe et des plus massacrés.

Qui veut ouvrir le débat entre culture savante et culture populaire ? Entre les couleurs de la nana de Niki et la chaleur des années disco, moi je prends les deux !

Les fumerolles à Owakudani Le Mont Fuji
Open Air Museum L'oeuf cuit dans la boue bouillonnante

Libellés : Balades au Japon

posté par Philippe Poggianti à 22:16

dimanche 20 juillet 2008

En montagne, les pieds dans l'eau - Expats au Japon depuis 294 jours

En montagne, les pieds dans l'eau

Les "day-trippers" sont avec nous ! En essayant d'échapper aux foules de début et de fin du long week-end de trois jours, deux amis et moi (les expats sont célibataires l'été, c'est bien connu) la jouons "escapade à la journée" pour ce dimanche d'été japonais, donc bien entendu chaud et humide. Las, les Japonais sont nombreux à faire de même : pour gagner la région d'Oku-Tama, en particulier la vallée d'Ome sise à 68 kilomètres d'après le GPS, il nous faut tout de même deux heures et demie.

A l'arrivée, après avoir boudé les biscuits farcis aux abeilles (authentique !), nous décidons de marcher en courts lacets sur le côté du funiculaire, qui lui trace droit dans la forêt sur une pente qui nous semble vertigineuse, pour accéder au sommet du Mitake-san. Une bonne suée plus tard, moiteur oblige, nous trouvons sur le sentier deux cascades rafraîchissantes au milieu d'une forêt luxuriante. La balade de trois heures vaut bien le décrassage de nos gambettes rouillées par les ascenseurs et escalators tokoïtes, mais la pause soba-coca à midi est tout de même la bienvenue.

L'après-midi, la rivière de la vallée encaissée nous offre quelques jolis rapides que dévalent kayakistes entraînés et rafteurs néophites et rigolards, sous l'oeil désabusé de pêcheurs à la ligne qui en ont vue d'autres. Les pieds dans l'eau, la température corporelle redescendue à un niveau plus acceptable, nous profitons du spectacle en tentant nonchalamment quelques ricochets. Ne manque que le rosé au frais dans l'onde claire ; pas grave, on se rattrapera ce soir en rentrant !
Une belle région escarpée, des randos et des activités d'eau vive à deux heures de Tokyo, on reviendra en famille, c'est sûr.

Libellés : Balades au Japon

posté par Philippe Poggianti à 19:17

vendredi 20 juin 2008

Devinette - Expats au Japon depuis 264 jours

Devinette

A votre avis, où avons-nous fait ces photos dimanche dernier ?
Mandalay ? Bombay ?



Abbey road ?



Contrairement aux apparences, nous sommes bien restés au Japon...

Les Tokyoïtes auront sans doute reconnus le Grand Bouddha de Kamakura.
Nous avons fait la randonnée de Kita-Kamakura au Daibutsu (le Grand Bouddha en japonais), une balade très agréable ponctuée de haltes sympathiques : le sanctuaire Zeniarai Benten, où nous avons pu laver notre argent comme tout le monde (la finalité est bien sûr de le faire fructifier), puis un autre sanctuaire idéal pour pique-niquer et faire une sieste pendant que les enfants nourrissent des écureuils peu farouches, et enfin, un café avec terrasse dans la forêt (pour se remettre de la sieste). A l'arrivée, le Grand Bouddha, le temple Hase Kannon - auquel nous devrons revenir car il aurait fallu faire une heure de queue pour admirer la statue de la déesse ! - et enfin la plage avec des baraques de pêcheurs colorées.

Libellés : Balades au Japon

posté par Philippe Poggianti à 18:18

samedi 3 mai 2008

Jardins japonais et Geishas : semaine dorée dans le Kansai – Expats au Japon depuis 216 jours

Jardins japonais et Geishas : semaine dorée dans le Kansai

A nous le Shinkansen ! Le TGV local a la réputation (et les prix) d’une star. Il Carpes 'koi' pour le jour des garçonspermet à la famille, augmentée pour la première fois des parents de Delphine, de rallier Kyoto en deux heures. Comme un bon vieux Paris-Lyon, quoi ! Cette année, plutôt que de rester à Kyoto, nous louons une voiture et nous échappons durant la semaine visiter la région du Kansai.
Cette semaine est surlignée en couleur dorée sur le calendrier japonais : c’est la fameuse « golden week » du printemps, celle qui réunit trois jours fériés en dix jours et permet donc aux « salary-men » de prendre quelque congé sans trop de remords. Voir Wikipedia pour la signification des fêtes de cette semaine : l’anniversaire de l’ancien empereur transformé en « jour vert », le jour de la constitution (1947) et le jour des enfants. Ce dernier était auparavant le jour des garçons qui faisait pendant au jour des filles dont nous avons parlé en mars. Les familles installent sur des autels de très beaux et très chers atours de samouraïs en l’honneur de leurs rejetons mâles, et laissent flotter au vent des bannières en forme de carpes « koi ».


Jardin Koshikien à NaraA nous Nara et Koya-san ! Nous visitons de magnifiques jardins japonais, nous préférons d’ailleurs le Koshikien au plus renommé Isuien. Les azalées et les glycines sont en fleurs, des touffes de violet et de fuchsia s’offrent au regard. Les daims de l’immense parc ont la faveur des enfants et les temples bouddhistes celle des adultes. Koya-san est une belle escapade d’une journée, un peu frisquette à 800 mètres d’altitude. Mais son immense cimetière sur une colline couverte de mousses et de petites statues en pierre vaut à lui seul le déplacement. On aurait voulu dormir dans un temple, mais on aurait sans doute eu froid ! Une exposition d’estampes d’Hokusai et d’Hiroshige clôt admirablement le chapitre : « le Mont Fuji par temps clair » dévoile ses pentes orangées et ses sapins vert sombre. Nous ratons « la grande vague au large de Kanagawa », qui arrive du Minnesota dans quelques semaines.


Jardin Koshikien à Nara Estampe de Hokusai

Fujimi InariEt nous voici de retour à Kyoto !
La splendide impression laissée il y a deux ans par quatre jours enchanteurs (http://notrecoree.blogspot.com/2006/06/very-important-moss-like-vip-jardins.html) n'est pas déçue. Nous découvrons d’autres sites, d’autres quartiers… après un pèlerinage indispensable au sanctuaire de Fushimi Inari. Ses milliers de torii orange ou rouge écarlate éparpillés dans la colline nous sidèrent toujours autant.

La visite du palais impérial était, elle, dispensable, mais la guide nous apprend que la couleur orange des sanctuaires shinto vient des Chinois (qu’ils ont depuis transformé en rouge) pour éloigner les démons de minuit (toute ressemblance avec une scie des Quartier Pontocho à Kyotoannées 80 ne serait que purement fortuite).



Nous aimons nous promener dans le quartier de Pontocho, sa rue étroite et son canal sur lequel se penchent quelques restaurants et boutiques. On y revient le lendemain pour assister au nouveau spectacle de printemps des geishas de Kyoto, dans le théâtre historique de Pontocho, jadis lieu des plaisirs interdits tandis que Gion accueillait les établissements de geishas. Nous ne sommes que peu de touristes parmi les trois cents spectateurs, c’est dire l’attachement encore très vivace des Japonais pour l’art de leurs geishas. Le spectacle est agréable et pas trop long ; un orchestre de femmes joue et chante sur le côté gauche, pendant que danses et saynètes s’enchaînent sur scène. Nous sommes enchantés de croiser des geishas spectatrices qui viennent applaudir leurs amies lors de ce premier jour de représentations. Kyoto est très fière d’abriter de nouveau plus de cent
« maikos », geishas stagiaires, ce qui va sans doute ralentir un peu le lent déclin de cette forme d’art unique au monde.




Spectacle des geishas de Pontocho

Himeji
Nous finissons la semaine par un crochet à Himeji pour visiter le très beau château féodal tout de blanc vêtu, et grimper ses sept étages d’escaliers bien raides. Peu importe qu’il soit quasi-vide, son architecture à elle seule vaut le coup d’œil. Nous faisons goûter aux parents de Delphine les plaisirs d’un vrai hôtel traditionnel japonais : les futons déroulés sur les tatamis pour la nuit, les onsens intérieur et extérieur dans lesquels on trempe en tenue d’Adam, le repas pantagruélique où se mélangent saveurs et textures méconnues. Ils rentrent fatigués mais heureux en Normandie, la tête pleine d’expériences nouvelles après une semaine à Tokyo et une autre dans le Kansai.

Libellés : Balades au Japon, Culture et traditions

posté par Philippe Poggianti à 18:38

jeudi 21 février 2008

GM en raquettes au pays des ours – Expat au Japon depuis 144 jours

GM en raquettes au pays des ours

« … et moud le kawa » ont-ils entonné en chœur et en japonais, lors de notre arrivée au Club Med de Sahoro, depuis l’aéroport paumé d’Obihiro, en plein cœur d’Hokkaido et de l’hiver sous ses hautes latitudes. Sahoro est une petite station dont on fait le tour à ski en quelques heures, de nombreuses pistes vertes et bleues encadrent trois noires un peu plus sympas, mais qui s’apprécie facilement sous un beau soleil et sur une bonne neige, avec la plaine d’Hokkaido s’étendant à perte de vue du plus haut point de la station culminant à… un peu plus de mille mètres !

Le Club Med n’en fait pas trop dans les animations, les GO chahutent juste ce qu’il faut pour qu’il y ait de l’ambiance le soir avant d’aller coucher les enfants. La bouffe est à la hauteur de la réputation du Club, du côté français (confit, raclette…) comme du côté asiatique (énormes saint-jacques d’Hokkaido, canard pékinois…). Le mélange des langues ne semble pas déranger les enfants dans leurs « mini-clubs » respectifs, et ils progressent en ski tout au long de la semaine. On se retrouve en fin d’après-midi à la piscine pour la séance d’aérobic aquatique, puis au jacuzzi ou au

« canadian bath », sorte de piscine en bois extérieure dont s’extraient quelques GM (Gentils Membres) courant se rouler dans la neige comme « Arpad le Tzigane » sur les pentes herbeuses de ma jeunesse !

Après une exploration systématique de la petite station, notre désir de nous échapper reprend le dessus. Les GM que nous sommes enfilons nos raquettes, et nous voilà partis avec un jeune guide parlant trois mots d’anglais explorer une forêt de bouleaux enneigée jusqu’à une cascade nichée au creux d’un vallon. Nous croisons des traces de renard, de lapins et de cerfs, mais le plus impressionnant sont les griffes d’ours qui ont lacéré le tronc de certains arbres d’où pend de la vigne de montagne dont ils sont paraît-il friands. « Les ours hibernent en cette saison » explique le guide.

« Pourrait-on emprunter ce sentier l’été ? » « Non, ce serait dangereux ». Nous voilà prévenus. Yvon me disait qu’Hokkaido est magnifique l’été, mais il faudra quand même faire gaffe où mettre les pompes.

Cerise sur le manteau neigeux : le guide nous emmène dans un « onsen » dont les bassins extérieurs sont entourés de neige. Comme dans un rêve cotonneux, la vapeur d’eau s’échappe des bassins et se mêle aux flocons qui volètent gentiment jusqu’au torrent en contrebas. C’est un vrai cliché japonais que nous espérions tester depuis notre arrivée, nous sommes comblés ! Bien mieux que le bain canadien du Club, notre onsen sous la neige ! Seuls au monde, chacun dans la partie réservée à notre sexe, nous communiquons à travers un panneau de bois surmonté d’une cascade d’où jaillit l’eau bienfaisante à quarante degrés. J’entrevois à travers le voile de vapeur un pépé qui fait trempette ; en sortant du bain une petite fouine montre son museau sous les flocons : finalement le pays des ours en hiver est engourdi mais bien vivant.



Libellés : Balades au Japon

posté par Philippe Poggianti à 18:27

mercredi 2 janvier 2008

Kyushu en ryokan et en GPS – Expats au Japon depuis 94 jours

Kyushu en ryokan et en GPS
Bonne et heureuse année à tous ! Akemashite omedetô gozaimasu !
あけましておめでとうございます

Pour notre première escapade hors de Tokyo, nous avons choisi cinq jours dans l’île la plus évocatrice pour nous de l’exotisme nippon : Kyushu, qu’Henri Salvador évoque dans « La Muraille de Chine » et que j’avais déjà utilisée au début de « Notre Corée » lorsque j’attendais que Delphine et les enfants me rejoignent à Séoul. Mais aujourd’hui, pas de désenchantement d’un expat loin de sa famille, juste le dépaysement d’une famille d’expats en vacances au loin.

Nous sommes armés de la traduction en japonais de mon permis français et pour la première fois de notre vie d’un navigateur GPS… tout en japonais, forcément. Mais il suffit d’entrer le numéro de téléphone de notre destination pour que le trajet s’affiche magiquement à l’écran. C’est « top trop cool » ; nous allons même prendre plaisir à nous écarter de la route toute tracée du Big Brother, rien que pour le voir hoqueter, s’interrompre, pour mieux se reconfigurer quelques secondes plus tard avec un itinéraire bis digne de Bison Futé.

Atterris à Fukuoka, dès Dazaifu, le charme de la province japonaise opère : resto couvert de tatamis, nourriture raffinée, petit jardin japonais attenant, bambous coupés et décorés pour le nouvel an, sanctuaire shinto en pleine préparation de l’o-shogatsu (les premiers jours de l’année où la plupart des japonais visitent un sanctuaire, croyants ou juste sympathisants).

A Nagasaki, nous goûtons notre premier ryokan, ces maisons d’hôtes ou petits hôtels traditionnels, avec panneaux de bois coulissants, murs ocres, alcôve avec estampe et ikebana (décoration florale). Le confort est parfois limité (il dépend du prix, qui varie énormément d’un ryokan à l’autre), notre chambre possède une toute petite baignoire en bois avec eau bouillante jaillie de la montagne. Le dîner est un somptueux festin de mets raffinés, et les grands tatamis de la chambre sont couverts de futons (épais matelas) durant notre dîner par le personnel aux petits soins pour les gaijins (étrangers) que nous sommes.

Menu du soir :

  • Soupe miso: champignon, bouchée de poisson, pate de poisson très joliment nouée, légume vert, pate de riz
  • Bol de sashimi: deux sortes de poisson, feuille épicée, deux sortes d'algues, tranche de concombre servant d'assiette au wasabi
  • Ecrevisse gratinée, deux brindilles noires non identifiées au goût de réglisse

  • Croque-monsieur au crabe, petit piment doux, tranche de concombre, quart de tomate, salade

  • Poisson en sauce sucrée, pomme de terre, navet, carotte

  • Mini-assiette de mini-légumes en pickles: concombre, radis, chou râpé, petit fruit rouge mariné
  • Petit bol de riz blanc, avec une plus grande cassolette pour rassasier la tablée s'il le faut
    Poisson blanc mi-cuit refroidi, avec oignon finement râpé, ciboulette hachée, sorte de wasabi orange

  • Assiette sucrée-salée: crevette cuite refroidie, pate de fruit a la mangue, châtaigne cuite, petit pate a l'œuf, purée d'une autre petite noix jaune au gout fin.

  • Et en dessert, servi séparément a la fin du repas: deux quartiers de poire et deux gros grains de raisin (même raisin rouge qu'en Corée au gout spécial), brin de persil.

Se souvenir du prix des fruits et légumes pour comprendre la fine sélection des petites portions. Se souvenir des belles choses...

Le lendemain, le musée de la bombe atomique et les parcs attenants nous font grande impression : la nécessité pas évidente des Américains de larguer une seconde bombe trois jours après Hiroshima, l’émotion des témoignages visuels ou écrits, la sobriété des hommages de tous les pays avec les grues en origami qui ornent les statues en symbole de paix… Cent quarante mille morts et des milliers d’irradiés avec un kilo de plutonium, ça fait réfléchir. Mais Nagasaki est aussi une jolie ville aujourd’hui, qui fut ouverte sur le monde bien avant la bombe : le quartier du jardin Glover abrite encore les villas des expats du XIXème siècle, marchands britanniques ou néerlandais qui importent la locomotive, le télégraphe ou le bitume au Japon. Ces maisons coloniales accrochées à la colline avec splendide vue sur le fjord autour duquel Nagasaki s’enroule font penser à Hong-Kong.

Nous traversons Kyushu d’ouest en est pour arriver à la ville fumante : Beppu. Au-dessus de ses toits de tuiles grises s’élèvent des dizaines de panaches blancs : privatifs ou publics, les onsens, bains d’eau chaude en prise directe avec le sous-sol volcanique de l’île, font la renommée de la ville. On a même vu un « passeport des bains de Beppu » pour ceux, nombreux, qui en enquillent cinq ou six dans la journée. Nous nous limiterons à trois sortes de trempette toutes différentes : un grand complexe magnifique, le Hyotan Onsen, avec ses sept bains différents dont le fameux « bain de sable », comme sur la plage de Lacanau quand on joue à s’enterrer, sauf que le sable est bouillant et qu’on ressort cuit de tous les côtés ; un établissement beaucoup plus rural, avec bain de boue en plein air où les couples se retrouvent séparés par une simple poutre de bois, ces dames pouvant pénétrer dans le liquide grisâtre depuis une pudique cabane en bois pendant que le sexe fort fait le tour en extérieur par 5°C avec une micro-serviette en guise de feuille de vigne. Et pour finir en beauté, après un délicieux dîner dans une izakaya (auberge) renommée près de la gare, une trempette en famille et à la belle étoile au charmant rotenfuro (bain en extérieur) de notre hôtel. A notre grande surprise, la chaleur emmagasinée permet de nous sécher, de nous rhabiller et d’aller nous rouler sous les énormes couettes de notre chambre sans attraper une pneumonie. L’hôtel est une splendide maison en bois dont nous occupons un immense espace au deuxième niveau, avec coursives en bois surplombant le jardin japonais. Aux premiers rayons du soleil matinal, c’est magnifique, et nous mitraillons comme il se doit.


Mais le temps vire rapidement à la neige, et nous arrivons pour notre dernière étape sur le volcan du mont Aso saupoudrés de poudreuse. La balade dans le golf de l’hôtel n’en est que plus romantique, sauf pour Joshua et Louise qui transforment le parcours gelé en champ de bataille floconneuse. La caldeira est immense (128 km de circonférence), quatre volcans plus jeunes y ont repoussé. Le lendemain matin, les forêts de bambous ploient sous la poudreuse, la voiture se réveille sous une couche de quinze centimètres que les enfants se font une joie d’épousseter avec les balayettes tendues par le personnel en jupe-tailleur du Prince Hotel. Nous regagnons Kumamoto, mais son beau château féodal est fermé, puis l’aéroport de Fukuoka, avant de réveillonner en famille à la maison devant un beau feu de cheminée. A Tokyo, nous retrouvons notre ciel clair et lumineux, mais qu’importe, Kyushu valait le voyage.

Libellés : Balades au Japon

posté par Philippe Poggianti à 10:28

    Delphine (mise en page et en images) et Philippe Poggianti (rédaction), Isséens, puis Séoulites et maintenant Tokyoïtes, vous souhaitent la bienvenue sur leur blog.

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